Partir pour être libre : vraiment ?

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Série — La liberté à l’épreuve du réel

« Avoir le choix, voilà la clé. Dormir dehors parce qu’on en a envie, pas par contrainte. »

J’ai écrit ça dans un article sur l’autonomie. Et je continue à trouver ça juste.

Mais puisqu’on parle de liberté, autant commencer par regarder mes propres certitudes en face.

Deux personnes dorment dehors.

L’une parce qu’elle en a vraiment envie.

L’autre parce qu’elle n’a nulle part ailleurs où aller.

Même ciel. Mêmes moustiques.

Pas du tout la même liberté.

On peut toujours chanter les louanges du dépouillement et du retour à l’essentiel. C’est joli.

Mais à la deuxième personne, un lit serait peut-être plus utile qu’un discours.

La différence, c’est ça : avoir le choix, c’est aussi pouvoir faire autrement.

Encore faut-il que ce soit réellement possible.

Libre de choisir, vraiment ?

Sur le papier, on est libre de changer de métier, de déménager, de tout remettre à plat.

Un salarié peut refuser une mutation. C’est son droit.

Mais s’il a un crédit sur le dos et des gens qui comptent sur lui, ce « non » a un prix.

Il peut dire non.

Peut-il se le permettre ?

Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Nos choix dépendent de nos moyens, de nos responsabilités, de notre santé… et d’un paquet de trucs qu’on ne contrôle pas.

Alors expliquer à tout le monde qu’il « suffit de vouloir », c’est un peu rapide. Et un peu confortable, aussi.

Mais voilà qu’une autre contradiction se pointe.

Si nos engagements limitent nos possibilités, faudrait-il éviter de s’engager pour rester libre ?

Construire, c’était aussi ma liberté

J’ai passé vingt-cinq ans dans la construction et l’entrepreneuriat. J’ai bâti ma maison, lancé des projets, appris des métiers.

Et j’y ai trouvé beaucoup de satisfaction.

Je pourrais aujourd’hui raconter que tout ça m’emprisonnait, que j’ai enfin ouvert les yeux et que je pars retrouver ma liberté.

Ce serait une belle histoire.

Ce serait aussi un mensonge.

À l’époque, construire, entreprendre, m’engager dans ces projets… c’était précisément exercer ma liberté.

Oui, ces choix ont fermé d’autres portes. C’est le principe même d’un engagement : quand on met du temps et de l’énergie quelque part, on ne les met plus ailleurs.

Et alors ?

On passe parfois des années à construire la vie qu’on a choisie. Puis un jour on a envie de la faire évoluer… et on découvre qu’elle résiste.

Finalement, c’est aussi ça, construire quelque chose : ça tient.

Ce n’est pas forcément une prison.

Ce n’est pas non plus toujours simple à modifier.

Et surtout, ça ne veut pas dire qu’on s’est trompé.

Ce qui nous allait parfaitement il y a vingt ans peut ne plus coller à ce qu’on est devenu.

Parfois quelques ajustements suffisent. Parfois on veut changer davantage. Parfois on choisit simplement de continuer.

Il n’y a pas de modèle supérieur.

Celui qui reste n’est pas forcément prisonnier.

Celui qui part n’est pas automatiquement libre.

Alors, avoir le choix ?

Je maintiens ma phrase du début.

Avoir le choix est essentiel.

Mais entre les possibilités qu’on imagine et celles qu’on peut réellement exercer, il y a parfois un monde.

Et puis il y a ce paradoxe un peu embêtant : on exerce sa liberté en prenant des décisions qui, plus tard, la limitent.

Faudrait-il pour autant ne rien construire, ne jamais s’engager, juste pour garder toutes les portes ouvertes ?

Je n’y crois pas.

Mais je ne crois pas non plus qu’un choix fait hier doive nous enfermer définitivement demain.

Reste à savoir ce qu’on peut vraiment faire évoluer… et à quel prix.

C’est par ce genre de questions que j’ai envie d’ouvrir cette série.

Pas pour proposer une nouvelle recette de liberté.

Juste pour regarder un peu plus précisément ce qu’on met derrière ce mot, parfois un peu vite.

Après tout, si on est libre de choisir sa vie…

est-on aussi libre de changer d’avis ?

Et si ce n’est pas le cas, jusqu’où était-on vraiment libre au départ ?

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