Cavaliers au galop pendant le Pasola près du village de Ratenggaro à Sumba

Pasola : immersion dans un rituel spectaculaire sur l’île de Sumba en Indonésie



Lorsque l’on voyage longtemps en Asie du Sud-Est, certaines expériences
dépassent largement ce que l’on imaginait au départ. Le Pasola, sur l’île de Sumba en Indonésie — une île située à une heure de vol de Bali, mais deux fois plus grande et cent fois moins touristique
fait clairement partie de celles-là.

Le 9 mars 2026, j’ai assisté à l’un de ces combats rituels près du village traditionnel de Ratenggaro, dans la région de Sumba Barat Daya. Ce que j’y ai vu n’avait rien d’un spectacle touristique organisé pour les visiteurs. C’était une tradition vivante, intense, profondément ancrée dans la culture locale.

Si tu envisages un voyage prolongé dans la région, j’explique comment organiser ce type d’aventure dans mon guide :

➡️ Partir 6 mois en Asie : guide complet 2026

Mais avant d’essayer d’expliquer ce qu’est le Pasola, je vais simplement raconter ce que j’ai observé.

Arriver à Ratenggaro pour assister au Pasola

Ma base logistique pour cette journée était Tambolaka, petite ville située à environ 1 h 15 de scooter du site.

Le trajet traverse une campagne vallonnée, puis la route finit par rejoindre la côte. On arrive alors près du village traditionnel de Kampung Adat Ratenggaro, l’un des villages les plus impressionnants de Sumba.

Village traditionnel de Ratenggaro avec maisons aux toits Marapu et chevaux à Sumba
Village traditionnel de Ratenggaro sur l’île de Sumba, près du lieu où se déroule le Pasola.

Le village est remarquable par ses maisons traditionnelles aux toits très hauts, faits autrefois de chaume et d’herbes naturelles. Dans de nombreuses régions de l’île, ces toitures ont été remplacées par de la tôle, même si la forme spectaculaire des maisons a été conservée.

À Ratenggaro, la plupart des maisons ont gardé leurs toitures traditionnelles en matériaux naturels, ce qui donne au village une atmosphère particulièrement authentique.

Toits Marapu des maisons traditionnelles du village de Ratenggaro sur l’île de Sumba
Maisons traditionnelles aux toits Marapu dans le village de Ratenggaro à Sumba.

Devant certaines maisons, on peut également voir de grands mégalithes funéraires, témoins d’une culture ancienne où les ancêtres occupent une place centrale.

Mais Ratenggaro ne se résume pas seulement à son architecture.

Le village se trouve dans un paysage spectaculaire où se rencontrent tradition, nature et rituel.

Le décor spectaculaire du Pasola à Sumba

Ce qui rend ce Pasola encore plus impressionnant, c’est l’endroit où il se déroule.

À quelques centaines de mètres du village, le paysage s’ouvre sur une immense plage sauvage. La rivière Waiha, longue d’environ 19 kilomètres, serpente à travers la plaine avant de rejoindre l’océan Indien.

Vue sur la plage et l’embouchure de la rivière Waiha près de Ratenggaro à Sumba
Autour de Ratenggaro, la rivière Waiha rejoint l’océan dans un paysage encore très sauvage.

À son embouchure, la rivière se mélange à la mer dans un paysage très particulier, entre sable, eau douce et vagues puissantes.

Des crocodiles fréquentent parfois cette embouchure. Un panneau « Attention aux crocodiles » en témoigne, rappelant aux visiteurs que la nature ici reste sauvage.

Panneau warning crocodiles près de la rivière Waiha à Ratenggaro Sumba
Des crocodiles fréquentent parfois l’embouchure de la rivière Waiha près de Ratenggaro.

Ainsi, en quelques minutes à pied, on passe d’un village traditionnel à une plage spectaculaire, puis à la prairie où se déroule le Pasola.

C’est dans ce triangle très particulier — esthétique du paysage, tradition du village et action du rituel — que se déroule l’un des événements culturels les plus fascinants et les plus singuliers de Sumba.

Cavalier seul au galop lors du Pasola à Sumba Indonésie
Cavalier au galop pendant le Pasola, avec l’océan Indien visible en arrière-plan.

Une prairie transformée en arène

Le site du Pasola se trouve dans une prairie herbeuse et plate, située à proximité immédiate du village et de la côte.

La taille du terrain correspond à peu près à celle d’un terrain de football de village.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’y a aucune véritable barrière physique. Par endroits, un simple fil marque symboliquement la limite, mais la séparation reste surtout visuelle.

La foule forme naturellement un cercle autour de l’espace réservé aux cavaliers.

Quelques organisateurs et policiers assurent la surveillance, mais l’organisation reste simple.

Lorsque j’arrive vers 9 heures, il y a déjà du monde.

La plupart des gens sont venus en scooter, garés un peu plus loin dans un espace improvisé. Quelques petits stands vendent des snacks, mais il n’y a aucune infrastructure touristique particulière.

Je remarque immédiatement une chose : il y a très peu de touristes.

Ce jour-là, j’en ai compté à peine cinq.

L’ambiance est étonnante : à la fois festive et très concentrée.

Pas de musique amplifiée, pas de haut-parleurs, pas de grande sono. Seulement les conversations, les cris et l’excitation de la foule.

On sent immédiatement qu’on n’est pas dans un événement formaté pour les touristes. L’organisation repose sur l’habitude, la tradition orale, et une sorte d’évidence collective. Personne ne vend de tickets, personne ne guide les visiteurs. Il faut observer, demander, comprendre par soi-même.

L’entrée des cavaliers : premiers affrontements

Vue d'ensemble du Pasola de Ratenggaro avec cavaliers en action et foule locale, Sumba, mars 2026
La prairie transformée en arène, entourée par la foule.

Vers 9 h 30, les premières animations commencent.

Des cavaliers entrent sur le terrain pour des sortes d’échauffements, galopant simplement d’un bout à l’autre de la prairie.

On voit aussi des gestes simulant des lancers de lances, des discussions animées et des échanges de consignes entre cavaliers.

On distingue rapidement ceux qui semblent être les chefs de groupe, à leur attitude et à leur manière de parler.

Puis les entrées se structurent.

Des groupes de 5 à 10 cavaliers galopent ensemble. Ils crient, provoquent, font parfois mine de lancer leurs lances sans passer à l’action.

Ces premières sorties ressemblent presque à des démonstrations ou à des provocations.

Puis, soudain, la tension monte.

Deux groupes se rapprochent, les chevaux accélèrent et plusieurs cavaliers lancent leurs lances en même temps.

Les charges sont extrêmement rapides.

La foule réagit immédiatement : cris, encouragements, parfois même des petites danses improvisées.

L’énergie collective devient très intense.

Des cavaliers très jeunes et incroyablement habiles

Jeunes avaliers et chevaux décorés avant le rituel Pasola à Sumba Indonésie
Les cavaliers, parfois très jeunes, décorent leurs chevaux avant d’entrer sur la prairie du Pasola.

Au total, j’ai observé environ 25 à 30 cavaliers.

Beaucoup semblent avoir moins de trente ans, certains sont même adolescents.

Tous montent à cheval avec une assurance impressionnante, preuve qu’ils ont appris très jeunes.

Les chevaux sont ceux de la race locale de Sumba, de taille plutôt petite à moyenne mais très rapides et nerveux.

La plupart des cavaliers montent presque à cru, sans selle ni étriers.

Ils ne portent aucune protection : ni casque, ni bouclier, ni armure.

Certains portent simplement t-shirt et short ou pantalon. D’autres sont habillés avec des tenues traditionnelles très colorées, parfois accompagnées de coiffes.

Chaque cavalier tient plusieurs lances de réserve dans une main et lance les autres successivement pendant les charges.

Les lances sont très simples : de longs morceaux de bois d’environ 1,5 mètre à 1,8 mètre, dont l’écorce a été retirée.

Les pointes sont généralement émoussées, même si certaines semblent légèrement taillées.

Lorsqu’elles tombent au sol, une personne à pied vient les récupérer en courant pour les redistribuer aux cavaliers.

Une tension réelle… mais jamais agressive

Ce qui frappe le plus, c’est l’atmosphère.

La tension est réelle, les affrontements sont véritables, mais ils n’ont rien d’agressif. Elle ressemble davantage à l’excitation d’un sport traditionnel.

Les cavaliers restent généralement à plus de dix mètres de la foule pendant les charges.

Une fois leur action terminée, ils reviennent parfois très près des spectateurs. Il est alors possible de toucher les chevaux sans difficulté.

Plusieurs cavaliers chutent pendant les charges.

Mais ils se relèvent presque toujours immédiatement, souvent en riant ou sous les encouragements du public.

Je n’ai vu aucune blessure sérieuse.

L’ensemble donne l’impression d’une fête sérieuse : concentrée, respectueuse et joyeuse à la fois.

Une ambiance simple et chaleureuse

Échange avec des cavaliers et habitants du Pasola à Sumba
Moment convivial avec des habitants et un jeune cavalier pendant le Pasola à Sumba.

Ce qui m’a aussi beaucoup marqué, c’est la gentillesse et la simplicité des habitants.

Les gens viennent facilement discuter, proposer de faire une photo ensemble, rire ou plaisanter.

On sent une grande convivialité.

Il n’y a aucune distance entre les visiteurs et les habitants. Tout se fait naturellement.

Cette simplicité rend l’expérience encore plus agréable.

Le Pasola : un rituel lié à la tradition Marapu

Pour comprendre ce que l’on voit, il faut savoir que le Pasola n’est pas seulement un spectacle.

Il s’agit d’un rituel ancien lié à la religion traditionnelle de Sumba, appelée Marapu.

Dans cette tradition, les ancêtres et les esprits jouent un rôle central dans la relation entre les hommes, la nature et la fertilité de la terre.

Le Pasola est historiquement associé à l’apparition saisonnière des vers de mer appelés Nyale, qui annoncent le moment propice pour organiser le rituel.

Autrefois, les lances étaient réellement pointues et les combats pouvaient être dangereux.

Le sang versé pendant le Pasola était considéré comme un signe de fertilité pour les récoltes.

Aujourd’hui, les lances sont généralement émoussées et les autorités locales encadrent davantage l’événement pour limiter les accidents.

La présence de policiers et d’unités de sécurité reflète cette évolution.

Mais l’esprit du rituel reste intact.

Cette évolution entre tradition ancestrale et encadrement moderne crée une tension intéressante. Le Pasola reste un rituel spirituel pour les habitants, mais il doit aussi composer avec la sécurité, les visiteurs, et une certaine modernisation. Cette coexistence est visible partout : cavaliers en tenue traditionnelle avec smartphones, rituels Marapu surveillés par des policiers.

Un Pasola encore très local et authentique

Il existe plusieurs Pasola à Sumba, certains attirant beaucoup de visiteurs.

Celui auquel j’ai assisté, près de Ratenggaro, semblait beaucoup plus local.

La foule était composée presque exclusivement d’habitants de la région.

L’organisation était simple, les stands rares et l’atmosphère très communautaire.

Tout cela renforçait l’impression d’assister à une tradition encore vivante, plutôt qu’à un spectacle destiné aux touristes.

Cette authenticité reflète une approche du tourisme que j’ai retrouvée
ailleurs en Indonésie, notamment dans la campagne de Lombok.

➡️ Tetebatu (Lombok) : immersion dans la campagne au pied du Rinjani

Une expérience unique dans un voyage en Asie

Ce type d’expérience est exactement ce qui rend les voyages longs en Asie si riches.

Au-delà des paysages et des itinéraires, ce sont souvent ces traditions locales, imprévisibles et authentiques, qui marquent le plus.

Parce qu’au final, les moments comme celui-ci ne se planifient pas toujours.

Mais ils font souvent partie des souvenirs les plus forts.

Sumba : une île encore sauvage

Au-delà du Pasola, Sumba cache des paysages spectaculaires : plages désertes, lagons turquoise, cascades perdues, villages traditionnels perchés.

L’île reste l’une des destinations les plus préservées d’Indonésie.
En deux semaines dans l’ouest et le centre, j’ai croisé davantage de
chevaux que de touristes.

Mais Sumba est immense. Deux semaines, c’est juste assez pour
comprendre qu’il faudrait y revenir.

Ce jour-là, à Ratenggaro, j’étais venu pour le Pasola.

Organiser ton voyage au Pasola

Le Pasola a lieu une fois par an, en février ou mars, selon le
calendrier lunaire et l’apparition des vers nyale. Le prochain se tiendra en février-mars 2027.

Si tu veux y assister, j’ai préparé un guide pratique complet avec tout ce qu’il faut savoir : comment suivre l’annonce
des dates, quels villages privilégier, le budget détaillé et les
conseils logistiques.

➡️ Festival Pasola à Sumba : Dates, villages et guide complet

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